Le fier rebelle

USA - 1958 - Michael Curtiz
Titres alternatifs : The Proud Rebel
Interprètes : Alan Ladd, Olivia de Havilland, Dean Jagger, David Ladd, Harry Dean Stanton, Cecil Kellaway, Tom Pittman, Henry Hull, Eli Mintz, James Westerfield, John Carradine, King

Juger LE FIER REBELLE sur ses premières minutes serait une grosse bêtise. Et pourtant, comment ne pas craindre le pire lorsqu’un film s’ouvre sur une musique lourdement chargée accompagnant des images, d’un Technicolor aux teintes pastels, montrant un cow-boy et son fils chevauchant la même monture dans un paysage idyllique tandis qu’un petit chien les suit ? Mais très rapidement, le film dépasse cette apparente superficialité de western familial pour raconter avec brio une belle histoire portée par de solides personnages.
Pour faire soigner son jeune fils, David, devenu muet après avoir assisté à la mort de sa mère dans un incendie durant la guerre de Sécession, John Chandler, ancien soldat de l’armée confédérée, remonte vers le nord du pays. Lorsqu’il arrive enfin à destination, dans une petite ville fermière de l’Illinois, le docteur Davis lui annonce qu’il ne peut rien faire pour l’enfant et le renvoi vers un autre spécialiste. Mais les choses se compliquent pour Chandler lorsque le clan Burleigh décide de s’approprier son chien, Lance, impressionné par les capacités du canin à maîtriser un troupeau. Une bagarre éclate, au désavantage de Chandler qui se retrouve vite piégé et condamné à payer une amende de 30$ ou passer 30 jours derrière les barreaux. Il ne doit son salut qu’à l’intervention de Linnett Moore, femme forte et solitaire, émue par la condition de David. Chandler, pour s’acquitter de sa dette envers Linnett s’engage à travailler pour elle durant un mois et emménage dans la dépendance de sa ferme avec l’enfant. Les Burleigh, qui lorgnent depuis un moment sur les terres de Linnett, ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de Chandler à ses côtés et mettent le feu à son étable…
C’est donc sur ce canevas digne du plus larmoyant des mélodrames, que le vétéran Michael Curtiz, qui a déjà plus de 165 films au compteur, signe une œuvre certes convenue dans ses péripéties, mais jamais niaise ou mielleuse. Clairement désigné par le titre français du film, le fier rebelle est John Chandler, ancien soldat d’une armée déchue qui arpente des terres victorieuses, le profil bas mais la tête haute. Il ne cherche pas à se venger, si ce n’est du destin qui a injustement frappé son fils, ni à propager la violence, mais se tient prêt à riposter en cas d’agression. Homme de parole, il tient à honorer son engagement auprès de Linnett même lorsqu’elle lui explique qu’il est libre de reprendre la route dès qu’il le souhaite. C’est l’acteur Alan Ladd qui interprète très justement John Chandler, avec sa frêle carrure d’à peine 1m65 et son visage très expressif laissant traduire une certaine vulnérabilité essentielle pour le rôle.
Face à lui, Olivia de Havilland, la quarantaine rayonnante, est Linnett Moore, son alter ego féminin qui pourrait tout aussi bien être le personnage principal du titre original : THE PROUD REBEL. Solitaire, elle a préféré vivre seule plutôt que d’épouser le premier venu pour céder aux conventions, et déterminée à ne céder ni sa terre, ni son honneur au patriarche du clan Burleigh, elle tient tête à tout le monde avec une élégance folle.
C’est en suivant avec plaisir ce qui deviendra la trajectoire commune de ces deux rebelles très charismatiques que l’on se laisse vite prendre par ce western sans cynisme. Rajoutons encore que le personnage de David, interprété par le propre fils d’Alan Ladd, ne vient jamais infantiliser le récit et que toutes les séquences avec le chien sont absolument extraordinaires. Il n’en faut pas plus pour faire de ce FIER REBELLE un agréable voyage dans le temps, un retour à une époque où il était possible de raconter une histoire simple de façon directe et de faire découvrir le western à une nouvelle génération tout en douceur.


- Article rédigé par : Éric Peretti


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