Litan

France - 1982 - Jean-Pierre Mocky
Interprètes : Marie-José Nat, Jean-Pierre Mocky, Roger Lumont, Nino Ferrer

Nora fait un terrible cauchemar. à son réveil, elle va vite retrouver son mari Jock à travers la ville de Litan où ils sont de passage, et c’est le jour de l’année où on y fête les morts.

Bien malin de commencer son film par un cauchemar ! Sans être une bande-annonce (pas la peine, le spectateur est déjà devant le film), c’est l’occasion de voir une suite d’images sans lien direct, des visions incroyables qui nous plonge sans attendre dans l’ambiance fantastique voulue. On voit dans cette introduction des scènes dont on ne sait rien, il n’y a rien à y comprendre encore, et l’une des grandes qualités de LITAN est que le film entier entretient cet univers chaotique. Le film a d’ailleurs été projeté aux Hallucinations Collectives 2017 avec une copie 35mm, celle de M.Mocky lui-même.

Ainsi, le film débute sur les chapeaux de roues par la recherche du mari Jock. Nora tentera de prendre le bus qui percutera violemment un villageois tué sur le coup, mais cela ne pertubera en rien le déroulé de la journée et la tranquilité des villageois, après tout c’est la fête des morts ! Dans tout le village les habitants sont masqués et dansent, et d’autres incidents se produisent. Un jeune scout tombe dans l’eau, le visage immergé, et en ressortira totalement impassible, on ne sait s’il est vivant ou mort. Jock se retrouve accusé de meurtre. Dans l’hôpital les fous se révoltent et partout les morts s’accumulent dans le plus grand calme. À travers cette folle journée, Nora revit les différentes visions de son cauchemar. LITAN cultive sans cesse l’inquiétante étrangeté avec ses ruptures irrationnelles dans cet univers a priori très réaliste. Tout au long du film, c’est un bazar bizarre axé principalement sur l’action, quasiment sans aucun temps mort pour les explications.

On connaît Jean-Pierre Mocky par ses comédies et ses polars mais surtout pour l’originalité de ses personnages et de ses histoires, ses films étant beaucoup menés par les acteurs et les dialogues. En pur film fantastique, LITAN est fort avant tout par son ambiance, les personnages sont plus marquants pour leur faciès que leurs caractérisation. Le visage de Nino Ferrer est on ne peut plus charismatique en contre-plongée (le premier acteur pressenti cité par Mocky était d’ailleurs David Carradine !). Mais les faciès les plus marquants restent les masques, certains à tête de mort, d’autres très froids, on a vraiment l’impression que ce sont des créatures et non des humains qui animent ces corps.

Là où Jean-Pierre Mocky s’applique beaucoup dans le film, c’est sur cette atmosphère. C’est très important pour un film fantastique et il l’a très bien compris. Les rues d’Annonay suffisent comme fond de générique de début pour installer cette ambiance dans cette cité montagnarde brumeuse. Ensuite, c’est surtout ces étranges attitudes envers les morts. Ils tombent comme des mouches et les vivants trouvent ça relativement normal. Dans un esprit de fête ou d’indifférence, le summum reste un plan où on peut voir un personnage totalement immobile et impassible non loin d’un cadavre masqué flottant sur l’eau. Des choses étranges, il y en a d’autres mais on vous laisse les découvrir à la vision du film. En tout cas, on vous conseille de ne pas tomber dans l’eau à Litan.

Mocky réussit grandement son essai de pur film fantastique. Ici, le chaos prend une toute autre forme que ses films anars habituels, et comme toujours quasiment on y retrouve des têtes connues comme celles de Dominique Zardi et Jean Abeillé. Il confirmera encore son talent pour le genre des années après dans son polar NOIR COMME LE SOUVENIR avec également des scènes toutes aussi belles qu’inquiétantes.


- Article rédigé par : Paul Siry
- Ses films préférés : Requiem pour un massacre, Mad Max, Ténèbres, Chiens de paille, L'ange de la vengeance


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