Poursuite mortelle

Royaume-Uni - 2011 - Julian Gilbey
Titres alternatifs : A lonely place to die
Interprètes : Melissa George, Ed Speelers, Alec Newman, Karel Roden

Homme à tout faire du cinéma britannique (tantôt chef opérateur, tantôt maquilleur, il a également monté l’excellent DOGHOUSE de son compatriote Jake West), Julian Gilbey signe avec POURSUITE MORTELLE (mais qui a décidé de ce titre français à mi-chemin entre l’actionner des années quatre-vingt et la défunte case Hollywood Nights sur TF1 ?) son troisième long-métrage. Si ces deux précédents opus demeurent inédits dans l’hexagone, ils ont su conquérir public et critiques outre-manche.
Cinq alpinistes partis à l’assaut des Highlands découvrent par hasard une petite fille Serbe retenue prisonnière dans un caisson, en pleine nature. Très vite, les ravisseurs, tueurs impitoyables, prennent en chasse le petit groupe qui n’a d’autre choix que d’affronter la montagne pour s’en sortir…
Julian Gilbey n’a pas choisi la facilité en écrivant (avec son frère Will) puis en tournant sur les lieux mêmes de l’action. Si les paysages sont sublimes et apportent une plus-value indéniable au projet, le tournage n’a pas été de tout repos, et pour cause : renonçant délibérément à la batterie de trucages visuels disponibles de nos jours, Gilbey a tenu à ce que les cascades soient réalisées en conditions réelles. Il en résulte ainsi une indéniable impression de véracité et l’identification aux personnages s’en trouve d’emblée renforcée. Les morceaux de bravoure s’enchainent et, grâce à un casting parfait mais composé d’illustres inconnus à l’exception de Melissa George, impossible de prévoir qui s’en sortira. Le suspens est donc très dense, savamment entretenu par des obstacles naturels, une nature sauvage, aussi belle que dangereuse et capricieuse. Les deux tiers du métrage, qui se déroulent en décors naturels, fonctionnent ainsi diaboliquement bien, augurant d’une montée en puissance finale fulgurante et explosive. C’est malheureusement là que le film s’écroule. Après plus d’une heure à couper le souffle (certes plombée par des ralentis souvent inutiles) entretenue par une tension de tous les instants, la pression retombe…pour ne plus remonter alors que le scénario rebondit vers une nouvelle situation tout aussi excitante. Quittant la nature pour un village où a lieu une parade traditionnelle celte, l’histoire avait matière à ouvrir sur une confrontation urbaine au moins aussi forte que la précédente en pleine nature. Hélas, c’est ici que le scénario montre ses limites. En faisant le choix d’une intrigue minimaliste pour mieux appuyer l’urgence de la situation, les frères Gilbey se sont tiré une balle dans le pied pour le troisième acte. Ici, le one plot point ne fonctionne plus et tous les éléments mis en place précédemment s’emboitent enfin…pour ne rien révéler de nouveau. Le spectateur avait tout compris dès la seconde bobine et aucun twist ne vient remettre en perspective le point de vue adopté. Pire encore, la menace représentée par les kidnappeurs s’essouffle malgré de très belles idées de mise en scène (la fusillade pendant le feu d’artifice) et la conclusion autour du père de la petite fille n’apporte strictement rien de nouveau et accrédite la thèse selon laquelle absolument tous les Serbes sont des criminels de guerre assoiffés de sang.


- Article rédigé par : Nassim Ben Allal