Tucker&Dale fightent le mal

Etats-Unis, Canada - 2010 - Eli Craig
Interprètes : Tyler Labine, Alan Tudyk, Katrina Bowden, Jesse Moss

Avant même d’avoir vu le film ou lu son pitch, on ne peut que féliciter l’ardeur grammaticale du distributeur français qui a fait de l’anglais « to fight », un verbe du premier groupe dans la langue de Molière. Il devient ainsi « fighter » et se conjugue donc à la troisième personne du pluriel. Garder le titre original, TUCKER&DALE VS EVIL aurait pu suffire, mais passons. Premier long métrage du comédien Eli Craig (aperçu dans SPACE COWBOYS de Clint Eastwood), cette comédie aux effets gore ne doit surtout pas souffrir de son titre en version « française » : qu’ils « fightent » le mal ou qu’ils soient juste « versus evil », Tucker et Dale sont d’abord deux personnages attachants dont les mésaventures arracheront des rires aux spectateurs les plus frustrés des comédies horrifiques.
Amis inséparables depuis l’enfance, Dale et Tucker sont deux braves garçons un poil couillons, ploucs indécrottables au cœur gros comme ça. Alors qu’ils vont passer leurs vacances dans un chalet en état de décomposition avancé récemment acquis par Tucker, ils se retrouvent attaqués par une bande de jeunes étudiants après avoir secouru l’une d’entre eux. Il faut dire que du côté des étudiants, il y a un gros malentendu : biberonnés aux films d’horreurs, ils sont persuadés que leur amie a été kidnappée par Tucker et Dale pour lui faire subir les outrages ultimes et sont donc bien déterminés à la récupérer…ou presque.
Exercice périlleux tenu haut la main : tout TUCKER&DALE FIGHTENT LE MAL repose sur un seul et unique malentendu réinterprété à l’infini. Et ça marche parfaitement. Refusant toute parodie du genre, le réalisateur et son co-scénariste s’attachent à détourner les codes du slasher pour mieux jouer avec leurs personnages et surprendre les spectateurs. Sans jamais tomber dans la surenchère gratuite ou l’accumulation lassante de gags poussifs, les auteurs jonglent avec finesse entre les différentes possibilités apportées par le genre dans lequel ils s’illustrent. Un maniaque armé d’une tronçonneuse sorti de nulle part se met à vous poursuivre ? C’est peut-être tout simplement un bricoleur du dimanche qui a par erreur scié une ruche et fuit les guêpes qui l’assaillent !
Entre malchance, mauvaise compréhension des évènements et maladresse chronique, ces braves Tucker et Dale se voient tour à tour assaillis, poursuivis, maltraités, torturés…pour rien ! Et dire que tout avait commencé par une bonne action. Au-delà de la franche rigolade, le film est avant tout l’histoire de deux copains aux caractères différents qui vont évoluer à l’issu des évènements. Si l’étude psychologique de ces deux « rednecks » reste très en surface, elle n’en demeure pas moins efficace et ajoute une couche émotionnelle inattendue au film. Touchants, Tucker et Dale sont deux anti-héros attachant et profondément sympathiques, aux prises avec une bande de jeunes qui ne sont pas moins, eux aussi, des victimes…mais de leur propre bêtise. Dans les rôles titre, Tyler Labine (héros de l’excellente série LE DIABLE ET MOI, aperçu également dans LA PLANETE DES SINGES, LES ORIGINES) et Alan-je connais sa tête mais pas son nom-Tudyk (SERENITY, 3H10 POUR YUMA, TRANSFORMERS 3) apportent ce qu’il faut d’humanité et de crétinisme sans jamais sombrer dans la caricature et l’outrance. En dire plus serait trop en révéler : vibrant plaidoyer contre les préjugés, détournement de film d’horreur, TUCKER&DALE est d’abord une comédie réussie, ce qui ne court pas vraiment les rues.

Retrouvez nos chroniques de l’Etrange Festival 2011.


- Article rédigé par : Nassim Ben Allal


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