Black Ninja (1987) – Un pyjama pour deux

Un texte signé Frédéric Pizzoferrato

Hong Kong - 1997 - Godfrey Ho
Titres alternatifs : Ninja: Silent Assassin
Interprètes : Alphonse Béni, Richard Harrison, Stuart Smith, Pierre Tremblay, Bruce Stallion

Avec cette production hongkongaise opportuniste nous abordons le phénomène des 2-en-1 ainsi que la déferlante ninja des années ’80. Deux sujets parfaitement complémentaires pour ce titre totalement nanar. Oui c’est un vilain mot mais comment qualifier autrement BLACK NINJA ?

L’intrigue se résume à peu de choses : deux agents d’Interpol, accessoirement Ninja aux couleurs éclatantes (pas vraiment des guerriers de l’ombre) luttent contre des trafiquants de drogues. Alfonse Béni étant Noir, il joue forcément le Black Ninja, lequel a une bonne raison d’en vouloir aux méchants : sa femme a été tuée. Elle meurt dans ses bras dans une des scènes les plus interminables, faussement mélo et lamentablement jouée de l’histoire du cinéma. A cela s’ajoute une autre intrigue, complètement déconnectée de la première, met qui reste aussi simpliste : la vengeance d’un expert en kung-fu contre d’autres méchants qui ont tué son père.

black ninja 2

Godfrey Ho convie ici un casting assez réjouissant pour l’amateur avec, en tête de gondole (et effectivement on se gondole pas mal), Alphonse Béni. Nous renvoyons à la chronique de CAMEROON CONNECTION pour de plus amples informations. Résumons néanmoins : Béni est un acteur et réalisateur indépendant camerounais se prenant en quelque sorte pour le croisement africain entre Delon, Belmondo et Bruce Lee. Bref, il est charmant (ok), rigolard (ça passe encore) et expert en kung-fu (on y croit beaucoup moins).

Nanti d’une certaine notoriété dans les années ’80, Béni est invité à Hong Kong pour jouer le Noir de service accessoirement maitre ninja. Béni y retrouve Richard Harrison, ancienne vedette du cinéma populaire aussi à l’aise dans le western que le péplum. Surfant sur sa popularité certes ternie mais encore réelle, Godfrey Ho et son complice Joseph Lai engagent Richard Harrison au milieu des eighties. Le pauvre comédien va ainsi tourner des scènes disparates qui se retrouvent, par la magie du montage, dans des dizaines de sous-produits martiaux comme NINJA FURY ou NINJA TERMINATOR. Et donc également dans ce BLACK NINJA où il fréquente d’autres visages (blancs) familiers des ninjateries comme Stuart Smith (NINJA IN ACTION, NOM DE CODE NINJA,…) et Peter Tremblay (FLIC OU NINJA, CHALLENGE THE NINJA, etc.).

Bref tout ce beau monde (ou plutôt leurs doublures affublées de pyjamas jaunes) effectue des acrobaties durant 90 minutes assez consternantes. Autrement dit ils tournent sur eux-mêmes, passent à travers des grilles en fer, bougent les bras et bondissent en accéléré. Le tout ressemble dès lors à un épisode de « Power Rangers », sauf qu’ici nos héros se changent en Ninja.

black ninja 1

Toutes ces singeries sont d’ailleurs difficilement compréhensibles. Car nous devons préciser que BLACK NINJA, comme la majorité des « films » de Godfrey Ho souscrit à la mode du 2-en-1, sans doute la pire ignominie du Septième Art après les inserts pornos. Le principe est simple : reprendre une petite production fauchée chinoise ou taiwanaise et n’en garder que l’essentiel, à savoir les nombreux combats. Lesquels constituent généralement, la moitié, voire davantage, du métrage.

Mais comment atteindre la durée réglementaire ? Tout simplement en tournant des scènes additionnelles, de liaisons, censées donner un sens à ce fatras d’images. Godfrey Ho filme donc beaucoup de dialogues vaseux, de conversations téléphoniques et d’Occidentaux ricanant. Ces derniers déblatèrent leurs plans machiavéliques en détail, à l’instar des méchants de James Bond toujours soucieux de la bonne compréhension de leurs viles intentions. Ils aiment aussi se téléphoner pour se tenir au courant de la progression de leurs desseins, histoire de rappeler aux spectateurs ce qu’ils n’auraient pas compris durant les minutes précédentes. Nous allons donc naviguer, durant 90 minutes, entre des scènes tirées d’un obscur kung-fu urbain (A GIRL ROGUE) avec des bastons pas trop mal emballées et des passages où Béni et Harrison font les clowns en combinaisons fluos.

BLACK NINJA est édité sous le patronage de Nanarland et ceux qui connaissent le site et les soirées nanar savent donc à quoi s’attendre. Certainement pas à un bon film mais plutôt à une expérience, avec quelques séquences drôles, comme le placement de produit systématique. En particulier la scène d’interrogatoire censé donner au film la coloration française souhaitée à coup de Perrier et de paquet de Gitanes. Car le film se passe en partie en France. D’ailleurs les trafiquants ont eu l’idée imparable de cacher de la drogue dans des baguettes de pain.

Il existe des amateurs de Godfrey Ho, de Ninjas et de 2-en-1 complètement ridicules. Ceux-la seront heureux de voir ou revoir BLACK NINJA dans les meilleurs conditions possibles. De préférence en groupe. Et avec de la bière. Ou du popcorn. Ou de la beuh. Car, seul chez soi, la vision de BLACK NINJA est bien sûr beaucoup moins fendarde.


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- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato

- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell

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