Hellacious Acres : The Case of John Glass

Canada - 2011 - Pat Tremblay
Interprètes : Navin Pratap, Jamie Abrams, Laurent Lecompte, Paula J. Davis, Francis Dubois

Attention, le film est très long et très lent ! C’est ainsi, l’accent québécois en plus, que le réalisateur Pat Tremblay a présenté son film au public de la dixième édition du LUFF. Effectivement, le film correspond bien à cette description, mais n’est pas forcément ennuyeux pour autant et faisait même partie des excellentes surprises de la compétition officielle.
John Glass se réveille d’un long coma cryogénique dans une grange abandonnée, entièrement vêtu d’une armure de protection. Sa mémoire étant défaillante après tant d’années d’inactivité, il se voit informé par l’ordinateur de bord intégré à son armure, que non seulement le monde a été dévasté par la Troisième Guerre Mondiale, mais qu’en plus une invasion d’extra-terrestre dangereux compromet la sûreté des déplacements. Sa mission consiste à rétablir une atmosphère viable pour ce qu’il reste de l’humanité. Pour cela, il doit collecter différents codes dispersés dans plusieurs autres granges, qui sont en fait d’anciennes bases secrètes. Débute alors pour John Glass un voyage semé d’embûches où les limites de la technologie auront de lourdes conséquences, et durant lequel il va croiser des survivants paranoïaques, un autre missionnaire et des aliens tentaculaires…
Comédie post-apocalyptique minimaliste, HELLACIOUS ACRES est un film qui s’apprécie dans la durée et qu’il ne faut en aucun cas prendre au premier degré sous peine de passer à côté de son humour absurde. Le rythme volontairement lent renforce l’absurdité des situations auxquelles John Glass doit faire face et leur confère une certaine drôlerie. Tirant sa force de son manque de budget et dégraissé de toutes les séquences d’action que l’on pourrait attendre d’un tel sujet, le film aligne les séquences à priori sans intérêt dans des décors quasi inexistants. Et c’est justement de là que provient l’humour qui irradie l’ensemble de l’œuvre, de cette absence d’événements spectaculaires au détriment d’une réalité on ne peut plus banale. Interrogé sur ses influences, Pat Tremblay cite volontiers Bertrand Blier, David Lynch, les Monty Python et Pierre Richard.
Techniquement, le film propose une photographie très travaillée et automnale qui ne fait que renforcer le cinglant désespoir de son personnage principal. Autre point fort, les costumes qui évitent le côté ridicule qu’un budget anémique aurait pu leur conférer. Le design du survivant paranoïaque et agressif est particulièrement remarquable dans sa simplicité et rend de suite le personnage inquiétant. Mais la plus grande réussite du réalisateur est de rendre crédible différents personnages dont on ne verra jamais les visages. Le seul point qui fait débat reste la durée du métrage, pourtant raisonnable de 108 minutes. Nombreux sont ceux qui, bien qu’ayant aimé le film, affirment s’être malgré tout un peu ennuyés. Pourtant, sacrifier quelques minutes risquerait bien de lui ôter son charme et son humour, pour le transformer en un simple exercice de style à l’intérêt moindre.
Pour le moment restreint à la confidentialité festivalière, HELLACIOUS ACRES n’envoûtera jamais des millions de spectateurs car il s’éloigne trop des normes pour attirer un public massif. Par contre, il pourrait bien devenir un film culte dans quelques cercles de cinéphiles aventureux, et c’est bien tout le mal qu’on lui souhaite.

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- Article rédigé par : Éric Peretti


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