Une Famille dévoyée

Dévoyé, adj. des 2 g. : Débauché, perverti.
Synonymes : libertin, dissolu, débauché.
Mais quelle est donc l’histoire de cette famille aux attributs si peu orthodoxes ?

UNE FAMILLE DEVOYEE est réalisé en 1984 par Masayuki Suo. Premier film de son auteur, ce long métrage pink étonne par la maîtrise du cadre, des couleurs, et des lumières. Tout nous ramène à un cinéma japonais sage et classique. Et c’est bien là toute l’intention de Suo qui s’inspire directement de la filmographie du grand Yasujiro Ozu (LE GOUT DU SAKE, PRINTEMPS TARDIF). Logo parodiant le célèbre sigle de la société de production Shochiku, caméra à ras du tatami, générique de fin sur des feuilles de parchemin, scènes répétitives, visages incrédules fixant un point près du spectateur … Tous les ingrédients sont ici pour, non pas tourner en ridicule, mais rendre hommage à l’un des cinéastes majeurs du cinéma nippon. Cette démarche de la part de Suo émane en partie de son mentor philosophe et essayiste, Shiguehiko Hasumi qui est à l’initiative du mouvement Rikkyo Nouvelle Vague. Ce courant pousse le cinéaste à interroger les codes enseignés par ses aînés et à adopter un regard critique sur ceux ci.

Le savoir-faire de Masayuki Suo l’emmène, douze ans plus tard, à la réalisation de SHALL WE DANCE ? qui rencontre un immense succès au box-office et qui est, par la suite, réadapté aux Etats-Unis. UNE FAMILLE DEVOYEE est son seul film érotique, puisqu’il se dirige directement vers un cinéma plus commercial et grand public.

On retrouve au casting du film Ren Osugi (le père), acteur fétiche de Takeshi Kitano apparaissant dans toutes ses réalisations. Miki Yamaji (la fille), actrice pink aux multiples tournages. Kei SHUTO (le fils cadet), et Shiro SHIMOMOTO autre acteur pink que l’on retrouve plus tard dans plusieurs oeuvres de Takahisa Zeze (TOKYO X EROTIKA).

UNE FAMILLE DEVOYEE raconte l’histoire de Koichi, fils ainé des Mamiya fraîchement marié à Yuriko, qu’il délaisse rapidement pour une serveuse. Yuriko se retrouve alors entourée de Shukichi, le père alcoolique obsédé par sa défunte épouse, Kazuo, le fils cadet en mal d’amour, et Akiko, jeune fille à la recherche de sa liberté et de ses limites …

Malgré de multiples scènes de sexe sublimement mises en scène, évoquant les shunga (estampes érotiques japonaises), le film de Masayuki Suo reste simple, sincère, et doux. La vie s’écoule lentement, de nombreuses répétitions sont là pour nous rappeler le caractère cyclique des choses : un couple passe tous les matins, le ventre de la jeune femme pousse, un enfant naît, et le père les observe depuis son bureau, inlassablement, avec une mélancolie paisible. Des liens se font et se défont, et la vie suit son cours malgré tout.

UNE FAMILLE DEVOYEE est un pink presque prude, touchant, et avec un on ne sait quoi d’amusant à la limite de la comédie. Un film simple qui révèle le grand talent de son réalisateur dès ses premiers pas dans l’univers du cinéma.